Expertise · Planification
Vos outils de planification calculent le retard. Ils devraient proposer la parade.
Tous les outils de planification du marché savent calculer un chemin critique et vous dire que la mise en service glisse de trois semaines. Presque aucun ne vous dit lesquelles de vos options rattraperaient ces trois semaines, à quel coût, avec quelle probabilité. Le planificateur fait ce travail à la main, par essais successifs. C'est là que se perd le temps, et souvent la bonne décision.
William Gisserot, co-fondateurPublié le

Le constat : un outil qui s'arrête au diagnostic
Le cycle est le même dans Primavera P6, MS Project ou les autres grands outils. On saisit des durées, des liens, des contraintes, des ressources, des calendriers. Le moteur de chemin critique calcule des dates. Si elles ne tiennent pas, le planificateur cherche une parade : ajouter une équipe, travailler le samedi, commander plus tôt, découper une livraison. Il modifie le planning, relance le calcul, regarde, recommence.
Ce travail itératif repose sur l'intuition de la personne qui le mène. Il est long, rarement documenté, et il explore une poignée d'options là où il en existerait des centaines.
Pourquoi ça arrive
Stijn Van de Vonder, chez Proove, a formulé ce problème avec une grande clarté dans un article intitulé The one thing all project scheduling tools got wrong. Son constat : les outils aident à analyser le problème, beaucoup moins à le résoudre, parce qu'aucun ne considère les actions correctives comme des données d'entrée. Les avancées récentes (analyse de risque probabiliste, lean, premiers usages de l'IA) améliorent le diagnostic sans changer cette logique.
Je partage son analyse, avec une nuance tirée de mes années de planificateur : les équipes connaissent leurs options. Le chef de chantier sait qu'une seconde grue est disponible, que l'équipe peut travailler en deux postes pendant l'été, que tel achat peut être anticipé moyennant un risque. Ce savoir existe ; il n'est simplement écrit nulle part où un calcul pourrait l'utiliser.
Ce qui change : les options deviennent des données
L'approche consiste à déclarer, en amont, la liste des leviers disponibles : ressources supplémentaires, calendriers alternatifs, séquences possibles, découpages de lots. Pour chacun, on indique les activités concernées et son coût. Le moteur explore ensuite les combinaisons sous les contraintes réelles du programme, et présente des scénarios comparés : délai, coût, risque, charge.
Le planificateur ne disparaît pas de la boucle. Il cesse de chercher la combinaison à la main pour examiner les meilleures, les challenger et choisir. Le directeur de programme, lui, arbitre entre deux ou trois options chiffrées au lieu de valider un planning unique.
Ce changement a une conséquence culturelle souvent sous‑estimée : la décision devient traçable. On sait quelles options ont été écartées et pourquoi, ce qui vaut beaucoup lors d'une revue de programme ou d'une réclamation contractuelle.
Sur le terrain
C'est la logique de la scénarisation multi‑contraintes : importer le planning existant, déclarer les leviers et les contraintes, générer et comparer les scénarios, puis exporter la solution retenue vers l'outil de production. Sur ce principe, les capacités de scénarisation d'une équipe sont multipliées par dix, et l'arbitrage se fait sur des écarts chiffrés plutôt que sur des convictions.
Par où commencer
- Sur votre programme en cours, listez avec le chef de projet les cinq leviers d'accélération réellement mobilisables, avec un ordre de grandeur de coût.
- Pour chacun, notez les activités qu'il touche : c'est déjà un modèle d'options.
- Lors du prochain glissement de jalon, demandez trois scénarios comparés plutôt qu'un replanning unique.
- Archivez les options écartées et leur motif dans le dossier de décision.
Questions fréquentes
Faut‑il abandonner l'analyse de chemin critique ?
Qui définit les options disponibles ?
Est‑ce compatible avec Primavera P6 ou MS Project ?
Aller plus loin
- Module : AI EXPERT
- Cas d'usage : Scénarisation multi‑programmes
- Glossaire : Chemin critique, What‑if
Un jalon qui glisse ?
Posez votre question à un expertSources
- S. Van de Vonder, « The one thing all project scheduling tools got wrong », Proove, Knowledge Base.